Lectures·Tout c'qui reste

Les réseaux sociaux, un nouveau regard sur la littérature ?

Ce weekend est apparu un tweet comme on en voit des centaines : un professeur de lettres déplorant que ses élèves ne connaissent pas tel ou tel auteur qu’ils auraient visiblement dû connaître. Autour de ce tweet, deux camps. D’un côté, les gens choqués trouvant que twitter n’est pas le lieu pour ce genre de remarques, et qu’après tout, un prof, c’est là pour enseigner des choses. De l’autre, les offusqués avec notre professeur que le niveau baisse à ce point, et parmi les remarques des offusqués l’on pouvait lire que c’est bien normal, hein, quand on voit le temps que les jeunes passent sur les réseaux sociaux, à regarder des vidéos sur youtube au lieu de lire des livres tout ça… Et si je n’ai pas envie de partager mon avis quant au tweet initial, ni de débattre des programmes de lettres en collège et lycée, j’ai en revanche bien l’intention de mettre un peu le nez dans cette question des réseaux sociaux et des livres.

Il n’est pas impossible que j’aie l’air de radoter un peu, avec mon éloge de bookstagram, de booktube et toutes ces plateformes investies par les lecteurs qui comptent bien s’y faire entendre.
Cependant, force est de constater qu’au fur et à mesure du temps, les classiques fleurissent sur les réseaux. La booktubeuse Lemon June n’a jamais caché son amour pour Zola, ni d’ailleurs son amie Pinupapple & books dont la chaîne est inactive aujourd’hui… Mais sur Instagram, il faut bien le dire, c’était un peu plus rare ; et voici, que, depuis quelques mois, des « challenges » se mettent en place se rassemblant sous divers hashtag tels que le #ChallengeZozo lancé par ladite Lemon June (je vais en parler beaucoup, tiens toi prêt !), mais aussi #AdopteUnDumas par Mirage Livresque, sans parler de #UnÉtéAvecBalzac par Les Mots Dana. Je ne compte plus non plus le nombre de personnes s’étant plongées avec délectation dans la lecture des Mémoires d’outre tombe cet été… Bref, sur internet, les classiques ont la côte. Loin de moi, bien-sûr, l’idée de clamer que bookstagram pendrait une quelconque valeur ou gagnerait en intérêt du fait de la présence de classiques, nous y reviendrons, néanmoins, je dois dire que j’ai été quelque peu surprise de les trouver en si grand nombre sur un réseau social, justement, et que je m’en réjouis. Non pas encore une fois que je pense qu’il faille absolument lire des classiques pour pouvoir prétendre au titre de lecteur, mais parce que j’ai l’impression que les réseaux donnent une nouvelle vie à ces livres « de classe », ou plutôt d’école (classe, classique, tu l’as ?)
Une nouvelle vie me direz-vous ? Mais pourquoi ? Les classiques sont toujours lus, ou du moins devraient l’être à l’école tout ça tout ça. Certes, ils devraient, et c’est bien l’absence de culture classique que déplorait notre professeur en début d’article. Enfin, disons le tout de même, quand on lit un classique à l’école, c’est l’aspect scolaire qui prédomine. D’abord, il faut le lire. Pour peu que l’on ait un léger esprit de contradiction (et quel ado n’en a pas), la simple contrainte peut suffire à vous passer l’envie. Ensuite, l’accent est souvent mis sur l’analyse dudit texte, en lycée du moins (mais je dois avouer que j’ai assez peu de souvenirs du collège, mea culpa). Bref, tout ceci est très scolaire et le plaisir… Et bien le plaisir si tu l’as tant mieux, sinon tant pis. Point. J’ai donc cette petite sensation, un peu désagréable, que le classique doit être lu pour que l’on puisse en dire « je l’ai lu », et des classiques, j’en ai lus ! Mais est-ce là la vocation d’un livre, tout classique qu’il soit, que d’être brandi comme étendard de la culture, oubliant toute forme de plaisir de lecture ? Je me permets de douter.
C’est ici qu’entrent en jeux c’est réseaux, pourtant très décriés. On pourrait bien-sûr faire une analyse sociologique des personnes qui consomment ce genre de contenu en ligne : sans doute pas mal d’étudiants en lettres, en édition, on en trouve en droit aussi, en philosophie, sans doute des personnes plutôt aisées avec un accès facile aux livre etc… Bref, sans doute surtout des privilégiés baignés dans le milieu du livre. Je doute néanmoins que ce soit le tout des vingt-six mille abonnés de Lemon June etc… Il y a sans doute dans le lot des lycéens, des collégiens pourquoi pas ? peut-être des gens qui en ont fini depuis longtemps avec les études que ces dernières ont un peu dégoutées des grands noms que l’on voit parfois comme trop grands pour soi… Et force est de constater que beaucoup de gens ont découvert Zola cet été à l’occasion du challenge sur Instagram.
C’est en fait là que je voudrais en venir : les réseaux peuvent permettre de réhabiliter ce qui, pour beaucoup, n’est rien d’autre qu’une obligation scolaire, un mauvais moment à passer à savoir, les classiques. Et qu’on se le dise, je suis ravie de voir des gens lire des classiques. Un peu parce qu’ils sont classiques, il est vrai, mais aussi parce que toutes ces lectures hors d’un cadre imposé ont permis de réintroduire cette donnée à mon sens cruciale dans la lecture : le plaisir. Il ne s’agit pas nécessairement et uniquement du plaisir lié au divertissement et à la belle histoire que l’on nous raconte. Il y a toutes sortes de plaisirs de lecteurs, mais une lecture sans plaisir, juste pour dire « j’ai lu Balzac » (ou Zola, Proust, d’Aubigné, que sais-je !), me semble bien triste et bien fade. Or, il semble communément admis que s’ennuyer à la lecture d’un classique, c’est bien normal : c’est chiant, jusqu’à en oublier que, derrière ces obligations scolaires, il y a quelqu’un qui a voulu dire quelque chose, raconter une histoire, montrer un pan de la société, réfléchir sur l’art, sur l’humain, ou tout simplement faire passer un bon moment à son lecteur.

Sur ces réseaux, qui abrutiraient prétendument nos jeunes qui ne savent même pas qui est Ronsard à 16 ans, l’on trouve aussi des gens qui parlent de livres avec passion, et qui le font bien, sans oublier qu’un livre, classique ou pas doit être lu avec plaisir. Il y a bien-sûr les lectures scolaires que je me verrais mal conseiller de ne pas faire (me faites pas dire ce que j’ai pas dit !), mais rien n’empêche de prendre un classique, de s’enfoncer dans son lit et de se laisser porter. Il est vrai que certains sont plus palpitants que d’autres, et qu’on se le dise : il n’y a pas de mal à abandonner un classique ! Il n’est pas plus profané que le dernier Marc Lévy (décidément il prend pour son grade ici) si l’on décide de ne pas le terminer. Le classique n’est pas une espèce d’entité qui, par son statut de classique ne pourrait pas être dépréciée, sous peine de prouver la bêtise du lecteur imprudent l’ayant laissé tomber. Il s’agit d’un livre. Rien de plus, rien de moins. Un livre que le canon littéraire a consacré, mais ce dernier change, et puis quand nous lisons dans le creux de notre lit, le canon n’est pas là, à nous observer, prêt à tirer si l’on n’est pas à la hauteur.
Cet aspect effrayant que l’école peut donner au classique a, je crois, tendance à tomber un peu grâce à tous ces réseaux, et je leur en suis reconnaissante. Si je lis aujourd’hui des auteurs snobs avec plaisir (pas parce qu’ils sont snob, entendons nous), c’est parce qu’un jour, alors que je lisais une pièce ce théâtre très courte mais hilarante en attendant que mes camarades finissent leur contrôle, ma prof de français m’a demandé de lui montrer ce que je lisais, justement. C’était « Monsieur Badin », de Courteline, que mon père m’avait donné en disant en substance que c’était drôle et que ça me plairait. C’était drôle, ça me plaisait. Quelle ne fut pas me surprise de voir que ma prof connaissait, d’une part, et que j’étais en fait en train de lire « un classique ». J’ai compris ce jour là que le critère principal d’un classique n’est pas l’ennui qu’il provoque à la lecture. Et si les réseaux permettent à d’autre de le comprendre aussi, et peuvent servir à faire le déclic, je m’en réjouis mille fois.

Je finirai par dire, ce que l’on ne répète jamais assez : n’ayez pas peur d’un livre. Le pire qu’il puisse faire, c’est vous ennuyer, auquel cas il suffit de le refermer. Dans le cas d’un classique, n’ayez pas peur de ne rien comprendre, cas on comprend toujours quelque chose. Ce que Proust dit pour la musique dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs est, je crois, tout aussi valable pour la littérature :

Aussi n’a-t-on pas tort de dire « entendre pour la première fois ». Si l’on n’avait vraiment, comme on l’a cru, rien distingué à la première audition, la deuxième, la troisième seraient autant de premières et il n’y aurait pas de raison qu’on comprit quelque chose de plus à la dixième. Probablement ce qui fait défaut, la première fois, ce n’est pas la compréhension mais la mémoire.

Merci donc à tous ces gens qui prennent du temps pour partager leur amour des livres, classiques ou pas, et qui donnent envie de lire, un peu de tout, de découvrir. Merci à vous !
(Et tant que j’y suis, va jeter un œil ici, c’est joli et ça parle de L’Assommoir ! Et comme c’est un peu la vidéo qui m’a donné envie d’écrire tout ça, il serait malvenu de ne pas en dire un mot !)

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Lectures

La bibliothèque des cœurs cabossés – Katarina Bivald

Pour commencer, si tu me suis sur Instagram ou sur twitter, il te faudra faire momentanément semblant que je ne t’ai pas déjà beaucoup trop barbé avec ce bouquin. Sinon, je t’en prie, mets ton thé à infuser, mets ceci en boucle, et direction l’Iowa !
(Ah oui, j’aime bien te partager ce que j’écoutais en lisant, et j’ai terminé ce livre sur l’accent italien de Fabrizio dé André, va donc écouter !)

J’ai terminé hier matin La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald sorti en 2015. Il y est question de Sara Lindqvist, jeune libraire suédoise, qui, après deux ans de relation épistolaire, décide de rendre visite à sa correspondante, Amy Harris. Amy est une vieille dame résidant à Broken Wheel dans l’Iowa, pas tout près, quoi. Les deux femmes, passionnées de littérature se racontent leurs histoires respectives sur fond de lectures échangées. Mais voilà que, quand Sara arrive dans l’Iowa, personne n’est là pour l’accueillir, et pour cause : Amy est morte. La voici donc, seule, dans la maison de son amie, au milieu de personnages quelque peu rocambolesques, dans une petite ville perdue dans la campagne au milieu de l’Amérique profonde. Autant dire qu’elle n’est pas tout à fait à son aise. Pourtant, en tant qu’amie d’Amy, elle est tout de suite adoptée par les habitants de cette ville isolée dans laquelle elle décide finalement de rester.

71yoSCTLGHLCe roman d’environ cinq cent pages nous entraine dans une ville fermée sur elle-même, perdue au milieu des champs de maïs, moquée par ses voisins et dont les habitants ne cessent de partir (c’est un peu un village creusois en Amérique quoi…) Le schéma est, il est vrai, déjà vu et revu : une jeune femme qui part en vacances (ou pas), se retrouve bloquée quelque part, et s’y attache. Rien d’extraordinaire en somme. Pourtant, ce roman propose de réfléchir à propos des livres, de l’amour, de l’entraide, des choix de vie que l’on fait, et ce sous couvert d’une allure un peu « téléfilm M6 ». Entendons-nous bien, je regarde beaucoup de téléfilms M6 et il ne s’agit pas là d’une insulte. C’est plutôt une façon pour moi d’évoquer la légèreté, la facilité de lecture, et l’histoire qui finalement emporte l’air de rien.
Les personnages présents dans la ville dans laquelle arrive Sara sont tous attachants, chacun ayant connu ses difficultés, le regard des autres dans cette communauté très fermée sur elle même qui constitue la commune de Broken Wheel. Regard qui, on s’en doute n’est pas toujours facile à supporter de la part de ceux dont on sait qu’ils n’ont de cesse de parler, dans un environnement où il est pratiquement impossible de conserver un secret.
Je pense surtout au personnage de Caroline, qui se veut fervente religieuse, moralisatrice et dont les choix de vie sont explicités au fil du roman, je pense à Georges cet ancien alcoolique qui ne peut finalement cacher son addiction à personne… Et au personnage de Sara, bien-sûr, qui devra bien sortir un peu le nez de ses livres, à moins qu’elle ne décide d’y plonger le nez des autres…

Parallèlement aux aventures de Sara en Amérique, Katarina Bivald plonge son lecteur au sein de la correspondance entre les deux amies par le biais des lettres d’Amy à Sara. Il y est question des habitant de sa ville qu’elle aime, de sa vie, de réflexions sur les livres… Une notamment à propos des classiques, qui m’a particulièrement plu. Elle disait en substance ceci : un classique finit par n’être que le livre qu’on lit en classe, celui que l’on est contraint de lire et plus largement, le livre qu’il faut lire parce que tout le monde l’a lu. Ce livre qui a de la valeur parce qu’on la lui a donnée, qu’il faut avoir lu. Et si j’aime, bien-sûr, de grand auteurs comme Proust par exemple, je crois profondément que lire un livre parce qu’il faut le lire est à peu près le meilleur moyen de s’en dégouter. Alors qu’elle râle un peu contre les classiques, Amy évoque un des personnages qui rechignait plus jeune à lire un célèbre roman sous prétexte que c’était une obligation pour l’école. Ledit roman n’était alors plus vu comme un ouvrage recélant peut-être une fantastique histoire, des heures de plaisir, des personnages attachants ou pas… Mais uniquement comme un devoir scolaire, et qu’y a-t-il de plus triste ?
Il y est finalement question d’acceptation les uns des autres, de mener sa vie comme on le peut sans être trop sévère envers ses réussites et ses échecs, il y est question de vie, de liberté d’entraide et finalement d’amour.

Sous ses airs de chick lit lue vite fait bien fait, ce roman est un petit pavé de bonheur tantôt léger tantôt plus grave ; une belle histoire d’amitié entre une jeune femme et toute une ville qui donne envie de se plonger à cœur perdu dans toujours plus de livres.
Barbapapa littéraire à consommer sans modération !

Lectures

Jules et Jim, un roman d’Henri Pierre Roché

C’est très tôt ce matin, sur le coup de 6h pour tout dire, et avant d’aller me coucher, que j’ai (enfin) terminé Jules et Jim d’Henri Pierre Roché. Et oui, avant d’être un film de François Truffaut (que je te recommande !), cette célèbre histoire d’amitié a été un roman, publié en 1953 alors que l’auteur avait soixante-quatorze ans (comme quoi, il n’est jamais trop tard pour écrire un premier roman !)
Ceux qui me lisent sur twitter le sauront, cette lecture m’a tantôt passionnée tantôt fait grincer des dents, et son adaptation m’a poussée à faire quelques comparaisons, mais nous y reviendrons ! Je te propose donc de mettre Le Tourbillon de la vie dans tes oreilles et de me suivre !

81bzyt5bdeLJules et Jim, comme le titre l’indique, est l’histoire de deux hommes nommés, sans surprise aucune, Jules et Jim. Ces derniers sont écrivains et traducteurs, l’un allemand (Jules), l’autre français (Jim), mais sont surtout très amis. Tellement amis qu’ils n’hésitent pas à tout partager jusqu’à leurs maitresses au début du XXe siècle. Elles ont pour nom Gertrude, Lucie, Magda, Odile, Gilberte, Kathe, bien que Truffaut ait décidé de ne conter que l’histoire d’amour occupant la partie centrale du roman : celle avec Kathe.
Toutes les relations amoureuses des deux amis se transforment alors presque inévitablement en triangles amoureux, l’un acceptant que l’autre possède son amour, ne souhaitant finalement que la joie des deux, et tirant apparemment sa propre félicité de celle des gens qu’il aime. Tout ceci ressemble finalement à une sympathique balade chantante et sautillante dans je ne sais quel champ de blé, comme si rien n’avait d’importance et que la vie se vivait en toute simplicité. L’écriture est d’ailleurs elle même très simple. Les phrases sont courtes, factuelles même lorsqu’il est question des sentiments des personnages. Il n’est pas question de s’épancher durant des heures dans Jules et Jim, l’on va droit au but, et l’on a l’impression que tout se déroule sereinement.

Pourtant, il me faut bien dire que j’ai été plutôt dérangée par ce ménage à trois qu’est celui de Jules, Jim et Kathe (et que Truffaut a porté à l’écran). Non pas que l’idée du ménage à trois me dérange en tant que telle à vrai dire, mais la forme que prend celui-ci m’a eu l’air tout à fait malsaine. Sous des airs d’une vie simple, sans prise de tête, ce que l’auteur a voulu présenter comme une belle histoire d’amour, ce qui a été parfois mis sur un piédestal pour promouvoir un amour libre, et qualifié dans la note de début de roman « [respirant] l’allégresse, l’humour, la plénitude » m’a finalement donné l’impression d’être un enchainement de souffrances, de vengeances, de tromperies, et finalement d’égoïsme. Nous sommes en fait bien loin de cette histoire d’amour simplement légère.
J’ai en effet bien trop souvent eu la sensation que tout ceci n’était qu’une affaire d’égoïsme de la part de Kathe (Catherine) qui, parce qu’elle se savait aimée, n’a finalement fait qu’imposer à l’un la présence de l’autre dans leur vie conjugale. À aucun moment, malgré les interventions répétées du narrateur soulignant le bonheur de la maisonnée, je n’ai eu le sentiment que chacun trouvait véritablement sa place. J’ai eu ce désagréable sentiment que, Jules comme Jim auraient bien voulu avoir Kathe, chacun pour lui, mais cette dernière souhaitant les deux, et se sachant aimée d’eux, les a finalement réunis sous le même toit, aimant tantôt l’un, tantôt l’autre.
Que l’on s’entende bien, je ne juge en rien le choix du personnage d’avoir plusieurs partenaires tout au long du roman, ni même une vie conjugale partagée entre trois (ou plus) personnes, mais bien cette impression que j’ai eue que toutes les parties n’avaient pas eu leur mot à dire quant à cette situation, et c’est bien dommage. D’amour en trahisons, de trahisons en vengeances, Henri Pierre Roché nous emmène en fait au coeur de ce qui me semble être le récit d’un échec amoureux inavoué, et c’est dans cet échec que je trouve ce roman fort, plus encore que son adaptation par le cinéaste français.

Malgré les reproches que je peux adresser à cette histoire, il faut dire que j’ai beaucoup aimé ma lecture, le style de l’auteur notamment, mais aussi les relations entre les personnages qui, bien que malsaines à mon sens, n’en sont pas moins intéressantes. Il faut d’ailleurs dire que mes nombreux énervements (un peu résumés ici) sont bien la preuve que ma lecture m’a plu. Je ne considère en effet pas qu’une lecture doive nécessairement me mettre de charmante humeur pour me plaire, et j’ai plutot souffert avec les personnages que tout autre chose. Il faut bien le dire, si l’on ne m’avait pas présenté ça à plusieurs reprise comme LE récit censé réconcilier avec le polyamour, comme une magnifique histoire d’amitié ou que sais-je, j’aurais sans doute pris tout ça avec beaucoup plus de détachement. On pourrait développer ici pendant quelques minutes sur l’horizon d’attente, tu sais, ce truc que tu attends d’un livre en l’ouvrant, que ce dernier doit surprendre, mais pas trop, mais un peu quand même… Et bien ici, mon horizon d’attente a été on ne peut plus influencé par les différents échos que j’avais pu avoir de cette histoire, et on ne peut plus déçu aussi. Mais le roman de monsieur Roché n’y est pour rien bien au contraire.
Je suis simplement assez ahurie que l’on puisse présenter ce récit, souvent le film de Truffaut (qui est, disons-le, plus soft que le roman) comme une si belle histoire, qu’elle soit d’amitié ou d’amour, quand elle n’est pour moi qu’une succession de souffrances. Et si je puis me permettre, j’aimerais conclure en parlant d’un ménage à trois bien plus convainquant à mon sens : celui d’Alexandre, Veronika et Marie dans La maman et la putain de Jean Eustache. Si le film ne fait pas dans l’amour niais, exempt de toute jalousie, si l’égoïsme d’Alexandre n’est pas à prouver, les deux jeunes femmes à qui ce ménage à trois est imposé (à l’instar de Jules et de Jim) me semblent bien plus fortes, indépendantes et prêtes à remettre leur amour à sa place que ne le sont Jim et Jules, rendant tout ceci à mon sens bien moins malsain, mais nous en parlerons peut-être une autre fois.

En somme, Jules et Jim aura malgré tout été une bonne lecture, touchante, énervante parfois, mais toujours plaisante. Je te recommande donc d’aller y jeter un œil pour plonger dans l’Europe des années 20 et te laisser embarquer dans ce tourbillon dévorant, je te recommande de voir et revoir le film, ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre Jeanne Moreau chanter son tourbillon de la vie, et surtout, n’hésite pas à venir me dire ce que tu en as pensé.

Je te souhaite de belles lectures, et te laisse ici pour aujourd’hui !

Anciennement Carnet de sourire

Respost : Écornés

Hey ! Aujourd’hui, suite au visionnage d’une vidéo de Lemon June, l’envie m’est venue de partager ici un vieil article de plus d’un an que l’on trouve sur mon carnet de sourires. Et oui, je flemasse, je reposte ! Il parle de bouquins, de pages cornées et c’est parti !

 

Il y a des livres en pagaille, presque trop lourds pour mes petits bras. Il y a les cadeaux de l’anniversaire en avance, il y a les nombreux achats. Il y a ma Bible sans laquelle je ne pars plus, il y a ce livre pour les cours, que je peine à finir. Il y aura peut-être celui-ci que j’aimerais lire après le concours, celui-là, juste pour l’avoir auprès de moi.
Parmi eux, certains ont vécu.

C’est un peu comme les gens, les livres. Il y en a qu’on a trimballés, ballottés un peu partout. Ils sont cornés ces livres, salis tout gribouillés. On ne peut plus les remettre en rayon dans une librairie. Ils ne sont plus aussi beaux qu’au début. D’autre sont restés soigneusement dans les étagères, ceux que l’on estime dignes d’être préservés du monde, et on prend plus de plaisir à les regarder qu’à les lire ceux là. On les observe juste pour la fierté de les avoir là.

On m’a toujours dit que c’était précieux un livre, qu’il ne fallait pas les abîmer, pas les corner, jamais. Ecrire dedans ? Sacrilège. Un livre, c’est un objet sacré.

Pourtant, plus je grandis et plus ça me plait, ces livres tout cornés, moches et abîmés. Ils me plaisent plus que les jolis, que l’on a laissé dans les étagères, qui font jolis et qui portent en eux le peu d’intérêt que nous avons à leur égard.
Un livre corné, c’est un livre vrai. Le livre corné, qu’on a trimballé, ballotté un peu partout, c’est un livre lu, relu : un livre dont on ne se passe plus. Ils sont tristes au fond ces livres qui laissent entendre qu’ils ont toujours gardé pour eux des beautés qu’ils renferment.
Je les aime, tu vois, les livres abîmés, annotés, livres pas parfaits. Ils sentent l’aventure de la lecture, ils sentent la vie ces livres. Ils sentent un peu nous, aussi. On le voit bien qu’on n’est pas le premier, on entre dans un bout de l’histoire humaine, si minime soit-il. On passe après quelqu’un, qui sait s’il n’y en aura pas d’autres après nous, à partager les secrets de cet ouvrage.
C’est plaisant, de lire un livre gribouillé des idées de quelqu’un d’autre. C’est un peu comme se plonger au fond de la tête d’un inconnu, au fond de la tête de deux inconnus en fait : l’auteur et son lecteur.
Lire un livre gribouillé, c’est un peu comme être spectateur de cette intimité entre deux pensés. Un peu dans la tête des deux, spectateur de cette relation interdite entre l’auteur et son lecteur. Lire un livre gribouillé, c’est comme en lire deux.

Les livres, ils sont un peu comme les gens. Ils portent leurs rencontres sur eux. Certains ont vécu, et leur vie les a un peu cornés. Ils n’en perdent en rien leur valeur, au contraire. Ils ont tout cet apport des lieux visités, des notes et des pensées qu’ils ont inspirées.

Les livres, ils sont un peu comme les gens, je les préfère un peu cornés, gribouillés.

Merci.

Lectures

« Et tu as le temps de lire tout ce que tu achètes ? »

La question m’a été posée suite à une énième photo de mes achats livresques postée sur Instagram, nous en reparlerons.
Qu’on se le dise d’emblée, la réponse est non. Qu’il s’agisse réellement d’une question de temps ou pas, le fait est que je ne lis pas tout ce que j’achète, ou du moins, pas au fur et à mesure. Il faut bien dire ce qui est, j’ai pris l’habitude au cours de l’année d’acheter beaucoup de livres ; beaucoup trop sans doute, et de poster tous ces achats sur Instagram comme le font de nombreux autres lecteurs.
C’est donc de tout ça que j’ai envie de parler aujourd’hui : de mon rapport à mes livres d’abord, puisqu’après tout, il n’est pas évident d’acheter plus que l’on peut lire ; mais aussi de l’influence des réseaux sociaux sur la lecture puisque sur Bookstagram l’heure est à la remise en question de nos pratiques de lecteurs-bookstagrameurs.

Mes livres et moi

Bric à brac non exhaustif de lectures « en cours »

Il faut bien l’avouer, j’aime acheter des livres. Je prends un plaisir immense à flâner en librairies, à en ressortir les bras chargés, à sortir les lives de leur sac en papier pour leur faire une place dans ma bibliothèque, quitte à tout réorganiser parfois. C’est un plaisir que j’ai redécouvert en entrant à la fac, me disant que j’aurais enfin le temps de lire tout ce que je voulais, et force est de constater qu’au début de l’année, je lisais disons raisonnablement… Et puis la vie est passée par là, et j’ai recommencé à moins lire, sans pour autant renoncer. Pourtant, même en lisant moins, la frénésie d’achats n’a pas cessé. Il m’est pourtant impossible d’ingurgiter la dizaine de livres que j’ai parfois pu acquérir en une seule semaine. Ces derniers trouvent donc bien difficilement une place sur mes étagères. Le fait est qu’à l’achat, j’ai envie de me plonger dans ce nouveau joujou que j’ai entre les mains. J’aimerais pouvoir tout mettre sur pause pour ne me concentrer que sur lui, le dévorer dans la journée sans rien avoir d’autre à faire, mais les choses se passent peu ainsi, alors ma « PàL » (pile à lire, pour les non « initiés ») grandit de semaine en semaine, et se vide finalement avec beaucoup de difficultés…
Si au début de l’année scolaire dernière, je prenais un plaisir non dissimulé aux craquages livresques, il faut bien avouer que ce dernier est bien moindre aujourd’hui. La question de la place se pose d’abord. Je vis dans un studio de 15m2, et les murs de sont pas extensibles. Etant encore étudiante, une grande partie de mes livres est stockée chez mes parents, sans doute la moitié, mais malgré tout, la place vient à manquer chez moi et acheter deux livres est souvent synonyme d’un tri acharné et d’une réorganisation de bibliothèques afin de tenter de gagner un peu de place. Il ne s’agit alors plus simplement de poser la nouvelle acquisition à une place qui semblerait faite pour elle. C’est une entreprise d’une tout autre envergure qui m’attend, et gâche un peu le plaisir, je dois l’avouer, bien que j’aime beaucoup ranger ma bibliothèque. Il faut aussi bien avouer que si ma PàL immense a souvent été signe que je ne risquait jamais de m’ennuyer, je me trouve parfois un peu découragée face à ces centaines de livres qui m’attendent et dont le nombre sera toujours gonflé de nouveaux achats. Si l’on achète des livres, c’est pour les lire, non ? Pourtant, me voici en train de me demander si je ne devrais pas me débarrasser de livres que je n’ai même pas lus, essentiellement pour des raisons de place, et j’éprouve une certaine culpabilité à me poser cette question. Parce que je les ai achetés, d’une part, et que les livres ne sont malgré tout pas données, mais aussi parce que j’ai l’impression avoir eu les yeux plus gros que le ventre à l’achat. Et qui sait, j’aurai peut-être envie de les lire, un jour ? Alors je n’ose m’en débarrasser.

Pourtant, ils sont peu nombreux, ces livres que je n’ai pas lus, et dont je pense me débarrasser. Parce que, si la lecture est incontestablement source de plaisir pour moi, c’est aussi, et ce depuis maintenant quatre ans, mon outil principal d’études. Que ce soit en lettres où en philosophie, il est bien difficile de disserter sans lire. Mes achats livresques, et mes lectures, se divisent donc en plusieurs catégories. Il y a d’abord la philosophie, dont je ne me débarrasse jamais, et dont j’ai finalement lu peu d’ouvrages, mais « on ne sais jamais ». Je fais des études de philo, ça peut toujours servir. Ainsi, que je les aie achetés pour des raisons scolaires ou pas, je les garde et les stocke tous chez moi. Pour le reste, il ne s’agit pas, ou peu, de lectures utiles. Bien-sûr, j’ai gardé avec moi quelques classiques au cas où ils me serviraient d’exemple, mais j’ai surtout pris avec moi ceux que je prends plaisir à feuilleter à nouveau, à lire par passages, ceux que je souhaiterai surement lire, et d’autres dont je ne peux tout simplement pas me séparer. Pourquoi séparais-je les classiques du reste ? Et bien parce que les classiques restent « utilisables » dans le cadre des cours. Le reste ? tout ce que j’achète pour moi, souhaite lire pour moi et moi seule sans y chercher une autre utilité que mon plaisir de lectrice. Ce sont ces romans que j’achète souvent de manière un peu compulsive, en ayant très envie de les lire sur le moment, mais que je ne lis souvent pas. Et oui, sur le moment, je suis souvent déjà en train de lire quinze mille trucs, que je ne finis pas. Parce que voilà, je ne peux pas m’empêcher de lire plein de livres « en même temps », ou plutôt, je commence tout un tas de livres que je ne fini pas… Mais que je n’abandonne pas non plus. Je me contente de les poser dans un coin, en me disant que j’y reviendrai bien, me retrouvant ainsi avec une petite vingtaine de livres dans lesquels je n’avance pas sans pour autant oser les abandonner. Je sais bien que l’on peut bien abandonner un livre, mais j’ai toujours ce petit complexe qu’est l’impression de ne jamais assez lire me poussant à ne jamais (ou presque) abandonner de bouquins, et à avoir sans cesse l’impression de ne jamais avancer dans quoi que ce soit.. Une sorte de cercle vicieux, qui me pousse sans doute à lire un peu moins que je l’aurais souhaité.

 

Bookstagram et les réseaux sociaux

Tu l’auras compris au titre, les réseaux sociaux, et bookstagram en particulier ne sont pas tout à fait étrangers à ce léger complexe.
Pour ceux qui l’ignoreraient, bookstagram qu’est-ce que c’est ? Je crois en avoir déjà parlé ici, mais dans le doute, revenons-y. Il s’agit tout simplement d’une communauté de lecteurs se regroupant sur le réseau social de partage de photos qu’est Instagram. Il s’agit bien souvent d’y présenter les livres que l’on est en train de lire pour donner son avis, les chroniquer parfois, présenter ses nouveaux achats ou encore ses projets de lecture. Bref, un endroit fantastique où les gens échangent, qui m’a donné l’occasion de parler avec plein de personnes différentes de plein de lectures (même si mes chouchous reviennent souvent, il faut bien l’avouer)… Mais qui donne aussi l’impression, parfois fausse, que les autres lisent tellement plus !
Il est vrai que – bien que ce ne soit jamais dans l’intention de s’autcongratuler, et s’il est vrai que je peux aussi, par mes achats gargantuesques donner cette impressions – bookstagram peut vite donner l’impression que les autres lisent énormément, et qu’on lit soi-même bien trop peu. C’est un point qui est de plus en plus abordé par les bookstagrameurs. Il y a cette sensation de devoir, parfois, se forcer à lire plus, pour faire des posts, certes, mais surtout parce que l’on a l’impression de ne pas être un vrai lecteur si l’on n’a pas lu tant de livres dans le mois, ou dans l’année. Cette impression d’illégitimité à parler de livres quand on ne sait pas vraiment les chroniquer, ou tout simplement cette sensation d’usurper sa place (même toute petite) de bookstagrameur revient assez souvent. Je vois donc plusieurs personne que je suis délaisser petit à petit le réseau, pas tant pour des questions de perte de temps (j’en reparlerai), mais pour des questions de pression. Or, il faut le rappeler, nous sommes là pour échanger par plaisir, et non pas pour se forcer à lire par comparaison aux autres. C’est ce plaisir, qui tend parfois à disparaitre sous ce vilain complexe du mauvais lecteur, et qui, dans mon cas, n’arrange rien à mon incapacité à abandonner un livre.

Ajoutons à ce complexe le fait que, le temps passé sur bookstagram est parfois, pour certains, autant de temps que l’on ne passe pas à lire, où à être déconcentré. Cette influence du réseau sur nos lectures est aussi une question récurrente. Pour certains, le temps passé dessus est, comme je l’ai dit, autant de temps qui n’est pas passé à se plonger dans un bouquin. Pour d’autres, ça semble être le moyen de partager ses impression de lectures en temps réel grâce aux stories par exemple, et pour les troisièmes dont je fais partie, bookstagram est une source inépuisable de nouvelles idées de lectures et de nouvelles envies. Pire qu’un magasine de jouets la veille de Noël pour un gamin. Parce que non, l’influence de bookstagram sur les lectures n’est pas que négative. C’est même plutôt le contraire, et si quelques complexes peuvent naitre de l’utilisation du réseau, et que quelques gros lecteurs diminuent par sa faute leur rythme, je dois dire que bookstagram m’a surtout poussée à lire, à découvrir et à me réintéresser à ce qui pouvait sortir. Non pas que mes classiques me déplaisent, mais après quelques années à les lire par obligation, l’envie était grande d’une démarcation nette. Bookstagram l’a permise. Je ne compte plus le nombre de livres que j’ai achetés (et pas toujours lus) grâce aux bookstagrameurs qui en parlaient, que ce soit du jeunesse ou du contemporain, je suis ravie de mes découvertes tout autant que d’avoir trouvé des gens avec qui partager mon amour de Proust ou d’Aurélien.
Il est donc vrai que bookstagram entretient cette relation étrange aux livres qui s’amoncellent et que je ne lis pas assez vite, qu’il faudrait que je tende à me restreindre un peu plus, que ce soit dans mon utilisation des réseaux pour lire davantage, ou dans mes achats livresques. Quoi qu’il en soit, cette frénésie d’achats a en fait bien souvent été alimentée par internet, et je lui en suis reconnaissante. C’est bien la preuve que l’envie de lire est toujours là.

 

Il me semble tout de même important de conclure ainsi : bookstagram, au même titre que tous les réseaux, peut-être même plus dans la mesure où il s’agit de montrer des photos, reste une vitrine de notre vie sur internet. Il ne s’agit pas de la totalité de ce que l’on y fait, et si l’on peut avoir l’impression, par mes achats conséquents, que je suis une dévoreuse frénétique de bouquins, c’en est bien la preuve. J’achète énormément, il est vrai, mais mes lectures ne suivent pas. Qu’il s’agisse de mon mémoire (pour lequel j’ai une PàL longue comme le bras) ou de mes lectures non scolaires, tout n’est pas lu instantanément, et à force de lire trop de livres en même temps, j’ai vite l’impression de n’avancer dans rien.
Non je n’ai pas le temps de lire tout ce que j’achète, mais rien de ce qui est acheté ne l’est sans intention de le lire un jour. Peut-être que les contraintes de place me mèneront à me débarrasser de certains livres sans les avoir lus, mais quoi qu’il en soit, ils ont été achetés avec la ferme intention de les lire, et je ne remercierai jamais assez les personnes présentes sur ce réseaux de ne jamais cesser de me donner envie de lire, encore et encore, quelque soit le rythme.

Merci à vous !

... and chill·Lectures

Les deux Running Man

Ça y est, on y arrive ! Je l’ai terminé en mars, et je reviens enfin pour parler de Running Man de Richard Bachman (Stephen King), mais aussi de son adaptation cinématographique par Paul-Michael Glaser (d’où le petit temps, de rédaction).
Mais avant toute chose, Running Man qu’est-ce que c’est ?

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Running Man – Richard Bachman (Stephen King)

Qu’est-ce que ça raconte ?

Il s’agit d’un roman d’anticipation écrit par Stephen King sous le pseudonyme de Richard Bachman et paru en 1982 aux États-Unis.
L’histoire se déroule dans les États-Unis du début du XXIe siècle. Ces derniers sont devenus une dictature dans laquelle le pouvoir en place utilise en premier lieu la télévision, appelée Libertel pour soumettre la population. La société y est très clivée, pauvres et plus riches ne se mélangent pas, et Ben Richards, le personnage principal n’est pas des « autres ».
Il s’agit d’un ancien ouvrier ayant quitté son emploi dans le but de pouvoir avoir un enfant. Dans les usines de ces USA du XXIe siècle, les produits utilisés rendent en effet les employés stériles. Après avoir démissionné, Richards parvient à avoir un enfant, une petite fille, mais cette dernière tombe gravement malade, et sans emploi, il n’a pas de quoi guérir son enfant. En ayant assez de recourir aux médicaments de contrebande, il décide de se porter candidat aux castings pour les diverses émissions du Libertel. Il est alors retenu pour participer à La Grande Traque.
La Grande Traque qu’est-ce que c’est ? Ce n’est rien de plus qu’une émission au cours de laquelle un homme, seul, est traqué sur tout le territoire américain par des chasseurs. Le but de ces derniers ? Le tuer. Cet homme, ce sera donc Ben Richards, présenté par le Libertel comme un ennemi n°1 de la nation. Quoi que fasse ce dernier, quoi qu’il dise, les images seront manipulées ses paroles aussi afin qu’il soit détesté de chaque citoyen. Au cours de la traque, ces derniers auront par ailleurs la possibilité de le dénoncer contre de l’argent. Il en toucheront plus ou moins selon si la dénonciation permet ou non d’abattre le candidat.
Benjamin Richards se retrouve donc embarqué dans une traque à laquelle il tentera de réchapper…

Qu’en ai-je pensé ?

Cette lecture inspirée par Lemon June était une lecture commune avec Musica de Chapitre un page une, du moins jusqu’à la moitié de l’ouvrage. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui a été mon premier Stephen King. Je me suis lancée avec un peu d’appréhension, effrayée par le réputation de King dans l’horreur (je suis une flippette de première). Cette peur a été bien vite oubliée, et je me suis laissée prendre dans cette folle traque à travers les Etats-Unis. Le suspense est en outre accentué par le découpage des chapitres sous forme de compte à rebours allant de 100 à 0. Ce dernier laisse une impression que le temps nous est compté et qu’il faut faire vite.
Mais pour être honnête, ce qui m’a plu, bien plus que l’aspect anticipation du roman, c’est la dimension politique faisant par moment écho à 1984 de Georges Orwell (le Libertel par exemple n’est pas sans rappeler le télécran orwellien), et la description à mon sens on ne peut plus actuelle de la société.
S’il est vrai que les innovations technologiques décrites dans le roman ne sont pas celles que l’on connait effectivement aujourd’hui, au début du XXIe siècle, force est de constater que la société ne s’éloigne finalement pas tant que ça de ce que décrit King.
Au cours de sa traque, B. Richards est amené à traverser plusieurs milieux sociaux, même s’il est vrai que le plus bas de l’échelle est bien plus souvent décrit. Il côtoie néanmoins brièvement la classe moyenne à laquelle on lui avait pourtant recommandé de ne jamais se mêler. Cette dernière est en effet décrite par King sans la moindre tendresse. Elle est la cible principale du Libertel, celle qui ne veut surtout pas faire de vagues. Durant la course du personnage, on se rend notamment compte que, loin d’être la plus lucide sur les réalités du pouvoir du Réseau (le parti dirigeant), les classes moyennes sont crédules. Elles consomment, s’abreuvent de ce que le Libertel leur présente comme être la réalité et ne se posent surtout aucune question leur but étant de continuer à mener leur vie telle qu’elle est. Si les plus pauvres sont les plus méprisés par ladite classe moyenne, ils sont aussi les plus lucide sur ce qui leur est fait, et est fait à la population en général, mais leur parole est simplement inaudible. Il est impossible pour Richards d’user de son temps de parole à l’écran pour dire ce qu’il sait : le pouvoir manipule chacune de ses paroles, et quand bien même il pourrait dire, il ne serait pas cru.
Cette société décrite par King en 82 me semble d’une actualité frappante en ce début du XXIe siècle. Plus d’une fois j’ai pensé en lisant à ces gens qui disent, mais que l’on n’écoute pourtant pas, ces autres qui croient aveuglément ne pensant finalement qu’à conserver leurs privilèges (ou leur confort, appelle ça comme tu veux !)… Ce clivage de la société, les pauvres et les autres me semble finalement on ne peut plus actuel, et je dois dire que cette peinture sociale a été une très bonne surprise pour moi.


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Running Man – Paul Michael Glaser

Tu l’auras compris, je n’ai pas l’intention de m’en tenir au roman. Travaillant sur l’adaptation cinématographique pour mes études, c’est tout naturellement que je me suis penchée sur la question de l’adaptation de Running Man dont j’aimerais aussi parler brièvement.

Qu’est-ce que ça raconte ?

« Ce que ça raconte ? Mais on le sait, me diras-tu, tu nous l’as dit juste avant ! »
Et bien pas tout à fait. S’il s’agit toujours d’un dénommé Ben Richards, il n’est plus ici question d’un père de famille cherchant à soigner son enfant [insérer ici une petite larmichette], mais d’un ancien flic. Ce dernier, enfermé pour avoir refusé de tirer sur la foule innocente (parce qu’il est gentil tu vois), s’évade de son camp de rétention et se voit échanger sa liberté contre une participation à un jeu télévisé nommé – je te le donne en mille – La Grande Traque (ouais je sais). Plus ou moins contraint de participer, il se retrouve bien vite envoyé dans une sorte de terrain de jeu avec d’autres de ses camarades dans lequel des chasseurs arrivent un par un dans le but de les abattre. Nos acolytes sont bien vite rejoins par une jeune femme enlevée par Richards lors de sa cavale qui comprendra bien vite à la suite de celle-ci que le pouvoir lui ment.
L’univers de Glaser est indéniablement adapté de celui de King, bien que l’on trouve des différences majeures dans la participation de la population aux jeux par exemple ainsi que le cadre dans lequel se déroule le film qui est entièrement celui d’un plateau de télévision.

Il s’agit donc d’un film d’action grand public dans lequel Richards est incarné par Arnold Schwarzenegger. On retrouve d’ailleurs quelques références à ses films précédents comme le fameux « I’ll be back » de Terminator. Plutôt bien reçu à sa sortie, on peut en déduire qu’il fait le job, pour ainsi dire, auprès du public.

Qu’en ai-je pensé ?

On l’aura compris, si la réception du film de Glaser a été plutôt bonne, je ne peux m’empêcher d’y voir une adaptation ratée de King. Je ne remets pas ici en cause la qualité du film en tant que tel (je dois dire que je suis bien incapable d’en juger, en fait) mais en ce qui concerne l’adaptation proprement dite (c’est-à-dire le fait d’apporter les modifications nécessaires au changement de médium) je dois dire que j’ai été déçue.
Ce n’est pas un hasard si la dimension politique est celle que j’ai le plus mis en avant à propos de l’œuvre de King. C’est cette dernière qui est, à mon sens, la plus importante du roman, peut-être même au delà de la critique télévisuelle qui est, il est vrai, aussi présente chez Glaser.
Je m’explique : outre la critique télévisuelle qui contrôle chacun, on trouve chez King une peinture de la société dans laquelle pauvres et plus aisés ne se mélangent pas, dans laquelle le pauvre est haï (on remarque par exemple que les traits de la femme de Richards sont enlaidis pour la faire ressembler à l’image du pauvre que peuvent avoir les téléspectateurs et ainsi les pousser plus encore dans la détestation de la famille), le pauvre est aussi inaudible alors même qu’il est très lucide sur ce qui l’entoure. Plus qu’inaudible, il est même silencié par le pouvoir en place qui ne lui laisse pas même la possibilité d’informer le reste de la population de ce qu’il sait. Ces thèmes sont, il est vrai, ceux qui me parlent plus particulièrement, et que j’attendais en fait de retrouver dans l’adaptation.
Or, cette dernière, si elle critique bien l’aspect mass-média de la société, reste à mon sens trop en surface, ne laissant pas assez voir les clivages sociaux. On est face à un Ben Richards égocentrique (qui ne se bat que pour sa libération), absolument dépolitisé, laissant ça aux autres dès le début du film, et surtout, à mon sens, antipathique par sa gentillesse un peu niaise et caricaturale.
Chez King, Richards n’est pas un enfant de chœur. Il est plein de haine, de colère, il est violent et tue sans trop de remord. On ne saurait lui en vouloir quand on voit les conditions dans lesquelles il évolue, mais il n’en demeure pas moins que l’on n’est pas face au gentil benêt.
Schwarzy au contraire incarne ici le gentil flic tout plein de morale. Il est gentil, il refuse de tirer sur la foule innocente, il a des valeurs tu vois. C’est un peu trop pour moi. Rien à voir avec une quelconque haine de la police, et je n’ai aucun problème à voir un flic aimable, mais j’ai eu l’impression que l’on essayait de le mettre dans notre poche un peu trop facilement : surtout réfléchis pas il est gentil tout ce qu’on va lui faire c’est mal. Peu subtil en comparaison de King qui, s’il nous fait larmoyer sur cette famille en proie au désespoir dans laquelle on prostitue Madame pour soigner Bébé, Richards n’est pas présenté plein de bons sentiments.
L’autre personnage qui m’a posé problème est celui d’Amber Mendez. Cette dernière est une employée du Libertel, prise en otage par Richards lors de sa fuite. Elle comprendra bien vite, pour avoir assisté à l’arrestation de ce dernier, que le récit qui en est fait sur les écrans est bien loin de la vérité et que l’on cherche à noircir le trait. Elle prend alors subitement conscience qu’on lui ment (oh lala). Là encore, le personnage est, à mon sens, trop naïf : elle travaille au Libertel, semble y connaitre tout le monde. Il est impossible qu’elle n’ait pas eu vent de ce qui se tramait. Soit elle est décérébrée, soit elle ne voulait pas voir, mais dans tous les cas, ce ne sont pas quelques secondes d’un faux reportages qui suffiraient à faire basculer quelqu’un dans le camp des « gentils ». Je suis peut-être sévère, et sans doute que de tels chocs sont possibles, mais j’ai trouvé que tout ceci était un peu trop facile, et surtout donnait le beau rôle aux anciens vilains acteurs du système repentis. Bof bof.

En bref…

En somme, si j’ai beaucoup aimé le roman de Stephen King, je suis restée sur ma faim concernant son adaptation cinématographique. je comprends bien que la critique n’ait pas pu être la même, mais j’ai été déçue du nombre de changements qui à mon sens rendent tout ceci un peu trop niais et pas assez sombre. (Il faut croire que je préfère qu’on me mette le nez dans mon caca sans ménagement aucun, un jour, je reviendrai ici parler longuement de Salò ou les 120 journées de sodome.)
Je recommande donc le livre sans aucune réserve. Quant au film, c’est sans doute un bon film d’action grand public, pour peu que l’on n’y aille pas avec des attentes trop grande en ce qui concerne la critique sociale. Ce fut sans doute mon erreur.

L’heure est venue pour moi de te souhaiter une bonne journée et de bonnes lecture.
À Bientôt !

 

Lectures

Aurélien

[Attention, ce billet contient des spoils, si tu tiens à le lire et à tout découvrir par toi-même, il te faudra passer ton chemin]

Lire un livre, c’est quelque chose.
C’est même tout autre chose.
Lire un livre, c’est tout autre chose que lire une enfilade de mots qui forment une enfilade de phrases défilant au fil des pages.

Aurélien, c’était quelque chose.

Aurélien, bien sûr, c’est l’histoire de ce héros qui n’en est pas un, qui, la première fois qu’il vit Bérénice la trouva franchement laide. Aurélien c’est ces histoires d’amour qui s’entremêlent le long des pages, c’est un roman magnifique écrit par un grand.
Aurélien, c’est ce mec un peu paumé au retour de la guerre qui enchaîne les nanas, parce qu’il n’a pas de femme, parce qu’il n’a rien d’autre à faire puisqu’il ne bosse pas. Aurélien, c’est ce type qui rencontre Bérénice, qui était blonde alors qu’il aimait les brunes…

Aurélien, ça aurait pu être un échec, mais c’est tout autre chose.

Aurélien c’est cette dernière khâgne toute ratée, c’est cette année passée à le lire, jusqu’au dernier moment. C’est ce bouquin qui m’aura accompagnée du début à la fin.
Aurélien, ce sont ces moments à me reconnaître chez lui, quand il est écrit qu' »Il aimait Georgette. Mais Bérénice était son secret. La poésie de sa vie. Cette chose non accomplie… », à me lire chez Bérénice parfois. À les comprendre tous les deux inexorablement.
Aurélien, ce sont ces trajets en train entre Limoges et Toulouse, cette maison par la fenêtre avec une piscine alors que j’imaginais grâce à ma lecture celle de Mme de Perceval, c’est se demander avec cette amie en passant devant l’île Saint-Louis « Il habitait où à ton avis ? », ce sont ces frissons alors qu’Aurélien prend enfin la main de Bérénice. C’est cette impression de n’avoir jamais lu si bien décrit ce frisson avant le grand saut de la parole, cet instant du non dit lors-même que l’on sait tout, l’instant avant que tout soit dit. C’est cet espoir fou, jusqu’au bout de voir cet amour exister, et c’est finalement la vie.

J’ai eu tant de Bérénices que j’aimerai probablement toute ma vie, avec ce goût d’inaccompli, qui ne m’empêcheront plus d’aimer un jour Georgette. J’ai été tour à tour Aurélien, Bérénice, et j’ai lu en eux ces gens que j’ai pu aimer en vain, parce qu’il en va ainsi.
Et je ne peux m’empêcher, alors que j’écoute Jean Ferrat qui chante l’amour écrit par Aragon, de relire ces passages aimés et d’avoir envie de relire encore cette histoire d’amour qui n’existera jamais.
Parce qu’Aurélien, c’est avant tout le roman de l’amour qui ne cesse de ne pas exister, de l’amour qui se résigne à aimer comme il faut, jusqu’à ne plus aimer. Ce n’est pas l’histoire d’un échec, c’est l’inexistence même de l’histoire dans laquelle je me reconnais plus que je ne me suis jamais reconnue dans un livre.
Et je m’embourbe à essayer de dire combien j’ai aimé lire tout ce vide, cette inexistence, jusqu’à en rayer même la beauté.
Je m’embourbe à essayer d’écrire combien j’ai peur moi aussi, de « cette chose non accomplie », combien j’enrage au fond de moi, qu’il n’ait pas tout plaqué cet abruti, pour celle qu’il aimait, combien je sais, au fond, que dans la vie, on ne gâche pas des années de sa vie pour une vieille histoire de dix-sept ans.

Lire un livre, c’est tout autre chose que lire une enfilade de mots qui forment une enfilade de phrases défilant au fil des pages.
C’est même tout autre chose.
Lire ce livre, c’était quelque chose.

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Lectures

Octave et le cachalot / Octave et la daurade royale

Ce soir, j’ai bien envie de te parler de la bande dessinée que j’ai préférée étant enfant, ou plutôt des deux bandes dessinées que j’ai préférées.
Ainsi, ce soir, je vais te parler d’Octave et le cachalot et d’Octave et la daurade royale, toutes deux éditées chez Delcourt Jeunesse.

Octave, c’est un petit garçon, fils de pêcheur qui vit seul avec sa maman au bout d’une falaise près de la mer où il a perdu son père.

Octave et le cachalot débute ainsi : octave seul sur son rocher nous fait savoir qu’il n' »aime pas la mer. C’est froid, c’est mouillé, et ça sent mauvais ».
Octave, c’est un gamin un peu râleur mais au grand cœur, et alors qu’il vit sa vie de petit garçon qui n’aime pas la mer, une voix l’appelle dans son sommeil. Il se réveille, et comme la voix l’appelle toujours, il se met en tête de chercher l’origine de cette voix qui connait son prénom. Il se trouve que c’est un cachalot échoué sur la plage juste devant sa maison qui lui demande de l’aide : il aimerait bien retourner à la mer avant que les hommes ne le trouvent et ne le découpent « comme du saucisson », et s’il a demandé à Octave, c’est parce que les adultes ne l’écouteraient pas. Octave se retrouve donc seul à devoir affronter cette mer qui lui fait si peur pour aider son nouvel ami…

Octave et la daurade royale commence sur ce même rocher avec le petit garçon qui déclare cette fois de pas aimer le poisson. Manque de bol, son pépé Marcel, le papa de son papa arrive et propose de l’embarquer à la pêche. Le petit qui n’aime pas le poisson n’est pas trop d’accord pour se lever avant l’aube pour aller chercher du poisson, justement. Et alors que pépé Marcel s’endort et qu’Octave commence à s’ennuyer ferme, voilà que quelque chose mord à l’hameçon, et pour mordre, ça mord ! À tel point que le petit garçon se trouve entraîné sous l’eau avant d’arriver nez à nez avec la reine des Daurades. Cette dernière apprend à Octave qu’il a été recommandé par un ancien ami… Or elle a besoin de lui. Les marins ont acquis un chalutier qui risque de tuer toutes les daurades, et ça, la reine des daurades n’est pas trop d’accord. Elle mandate donc l’enfant pour saboter ledit chalutier…

Les tons bleus des deux albums, bien qu’un peu sombre par moments, vont très bien avec l’aspect onirique des deux histoires.
Le petit garçon râleur est néanmoins très sympathique et des thèmes tels que l’entraide, les peurs, la famille et son héritage sont abordées. On trouve aussi, dans le second ouvrage la question écologique de la pêche industrielle que je trouve particulièrement bien abordée. La daurade explique en effet à l’enfant qu’elle comprend que les hommes les pêchent pour manger, comme elle mange des crabes ou des moules, mais elle ne veut pas que les pêcheurs vident la mer et tuent des poissons dont ils n’ont pas besoin pour se nourrir.

Ces deux bandes dessinées sont un de mes plus jolis souvenirs d’enfance, et restent parmi mes bandes dessinées préférées, bien qu’à la relecture je déplore peut-être un enchaînement un peu rapide des péripéties. J’ai pris néanmoins beaucoup de plaisir à relire ces ouvrages pleins de tendresse qui abordent en douceur la perte d’un parent, les origines, l’écologie, ou encore le dépassement de soi dans l’entraide.

Octave et le cachalot

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Dessin et couleurs : Alfred
Scénario : D. Chauvet
Ed : Delcourt jeunesse
Dépot légal : 2003

Octave et la daurade royale

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Dessin : Alfred
Couleurs : Walter (sauf p.14-19)
Scénario : D. Chauvet
Ed : Delcourt Jeunesse
Dépot légal : 2004

Lectures

Colère sur #Bookstagram

Pour être honnête, je voulais écrire un petit quelque chose tout doux sur Carnet de sourires, mais Le Monde en a décidé autrement. J’écrirai donc un petit quelque chose pour râler.
En septembre, Carine Bizet a publié un article à propos de la communauté #Bookstagram.
Bookstagram kezako ?
Et bien c’est tout simplement une communauté constituée sur Instagram sous le hashtag qu’il n’est plus indispensable de citer. Le but de ce hashtag ? Rassembler des lecteurs, échanger à propos des livres qu’on lit, en parler, partager nos lectures, nos achats etc…

Parce que oui, Bookstagram, c’est surtout de l’échange. Il est vrai que les photos sont parfois standardisées, le thé, la bougie, les lunettes (Non, madame Bizet, on ne porte pas nécessairement des lunettes parce que « la lecture ça fait mal aux yeux », certains en ont besoin)… Et s’il est vrai que certains aiment organiser leur bibliothèque par thèmes ou encore par couleurs, il me semble fort mal à propos de spéculer sur leur vie matrimoniale et conjugale, n’est-ce pas.

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En outre, j’aimerais tout de même préciser à Mme Bizet qu’elle semble avoir oublié de lire les légendes présentes sous les photos. Or, lesdites légendes sont souvent des chroniques des livres lus. Oui, parce que si l’article semble sous-entendre que personne ne lit les livres si fièrement postés sur le réseau social, c’est une erreur. Nous lisons les livres dont nous parlons, qu’il s’agisse de Proust ou de Joël Dicker.
C’est d’ailleurs ce qui fait toute la richesse de bookstagram à mon sens : la diversité des lectures, les avis et les gouts partagés qui finissent par nous faire découvrir de nouveaux livres. On finit par savoir qui aime quoi, on sait que si Untel conseil tel livre, il y a de grandes chances qu’il nous plaise, on sait au contraire que Bidule n’aime pas du tout les mêmes choses que nous, mais c’est toujours chouette quand on a envie de changer un peu… On dit ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas, pourquoi… Bref on partage, pour de vrai.
« Pour de vrai ? Parce qu’ailleurs on ne partage pas ? »
Si. Enfin… Oui et non. C’est vrai qu’on aime avoir cette vision du réseau social comme immense terrain de partage d’opinions et d’idées, mais soyons honnête, c’est souvent loin d’être le cas. J’aime beaucoup twitter (les addictions, c’est terrible), mais force est de constater que l’on n’est pas si souvent dans l’échange. Dans mon entourage, beaucoup trouvent nécessaire de s’en éloigner régulièrement, moi la première. J’ai pu constater nombre d’attaques abjectes pour la simple raison que l’on n’était pas d’accord avec quelqu’un.. Je généralise sans doute, et il y a surement des bulles fort agréables où l’on peut être en désaccord sans que tout ne tourne tout de suite à l’insulte. Toujours est-il que, dans ma grande expérience des réseaux, il n’y a que sur Instagram et d’autant plus dans cette communauté de lecteurs que j’ai pu trouver quelque chose de l’ordre du partage. Au lieu de partir dans des concours de qui-lit-le-plus-de-classiques ou de j’ai-trop-des-meilleurs-gouts-que-toi, on se contente de discuter, d’échanger sur les livres que l’on a lus ou pas. Ça ne gomme pas le désaccord, mais on peut l’exprimer sans attaquer l’autre.
Alors oui, ce réseau fait sans doute ressortir ma mièvrerie, et ça ne se ressent peut-être pas ici, mais je suis en colère que le sujet soit traité ainsi. Quel intérêt ? On ne lit pas ce qu’il faut, pas comme il faut ? Vous, Madame, qui critiquez la superficialité des photos, êtes vous seulement allée lire ce qu’il y avait en dessous ? La fin de l’article parle de plaisir coupable à lire Anna Gavalda, mais pourquoi ce plaisir devrait-il être coupable ? En écrivant votre mépris pour les jeunes qui lisent et cherchent à en parler, vous nous parlez finalement bien plus de vous que des bookstagrameurs.

On pourrait, il est vrai, critiquer cette bulle que je peux naïvement décrire comme idyllique. Quel besoin de montrer ce qu’on lit ? Et que faire quand lire devient une obligation pour poster sans cesse et être vu ? Reste-t-il dans ce cas un quelconque plaisir à la lecture ?
Mais non, tout ceci n’est pas abordé. Après tout, pourquoi ? Nous ne lisons même pas vraiment.

Oui, je suis en colère de voir qu’un des seuls endroits d’internet où j’aime échanger avec des gens, et surtout, surtout qui m’a permise de me remettre à la lecture mais m’a aussi fait découvrir de belles choses (et donc fait passer de très bons moments de lecture) est traité avec tant de désinvolture et de mépris. C’est grâce à Lemon June que j’ai lu mon premier Stephen King, grâce à Blondie Safari que je me suis replongée avec délice dans le jeunesse, grâce à tout ce petit monde que je peux échanger sur ce que je lis avec des gens à qui ça plait… Et finalement, parler de cette communauté sans parler de la lecture me semble bien triste. Parce que bookstagram, ce n’est pas juste poster une photo d’un bouquin avec une belle couverture à coté d’un pot de fleur pour faire joli. Ce sont surtout des heures de lectures et de plaisir que l’on cherche à partager, pas nécessairement avec le monde entier, quel intérêt, mais entre gens qui aimons lire. On se conseille des bouquins, on en découvre d’autres (pas merci à Lemon June qui doit être sponsorisée par la librairie Mollat pour me donner envie d’acheter tout ce dont elle parle !!!) mais surtout, on lit.

Non, Boosktagram n’est pas le cri de ralliement photographes de natures mortes amateurs, et je vous assure madame Bizet que si les couvertures des livres sont assorties aux fleurs avec lesquelles elles sont photographiées, ce ne sont pas les livres qui tiennent le rôle de décor.

Bien à vous.

Les bookstagrameurs, enfin au moins moi.

Lectures

La tombe des luciole, Les Algues d’Amérique – Akiyuki Nosaka

Un mois déjà que je n’ai pas écrit ici… On ne peut pas dire que la régularité soit vraiment mon fort pour le lancement de ce petit nouveau ! Quoi qu’il en soit, je reviens pour parler de deux nouvelles d’Akiyuki Nosaka, la première très connue grâce aux Studio Ghibli La Tombe des lucioles, et la seconde dont je n’avais jamais entendu parler Les Algues d’Amérique.

004635340Pour commencer, Akiyuki Nosaka, qui est-ce ? Et bien c’est un romancier, chanteur et parolier japonais né en 1930 d’une mère qu’il n’a jamais connu et d’un père qu’il n’a rencontré que bien plus tard. Il est élevé dans une famille adoptive et grandit avec l’idée qu’il se doit de devenir un soldat et de donner sa vie à sa patrie. Mais en août 45, les bombardements que subit le Japon lui font reconsidérer cette perspective. La fin de la guerre est un cauchemar qu’il traversera seul, portant sur la conscience l’abandon de sa
mère adoptive dans les bombardements, et la mort de sa sœur à la fin de la guerre.

Son histoire se rapproche alors de La Tombe des lucioles qu’il écrit en 1967. Il s’agit de l’histoire de Seita, un jeune orphelin de guerre que l’on rencontre le 21 septembre 1945, seul dans une gare. S’en suit un flashback racontant comment Seita en est arrivé là. On y rencontre sa mère et Setsuko, sa sœur, alors que la guerre se termine. Cette dernière est racontée à travers les yeux du jeune garçon se retrouvant très vite en charge de sa petite sœur. L’analepse se termine le 5 juin 1945, et l’on retrouve alors Seita, le 22 septembre de la même année.
Les deux personnages principaux, Seita et Setsuko sont en fait seuls contre tous. Ils essaient de survivre au milieu d’une population qui n’a que faire de deux gamins seuls, qui ne travaillent même pas, et sont finalement plus encombrants qu’autre chose.
L’histoire est prenante, poignante. Elle aborde les thèmes de la solitude, de la lutte pour la survie et de la pauvreté qui sont des thèmes qui m’intéressent particulièrement. On n’a pas pour autant la sensation que l’auteur pousse le pathos pour arracher une larme à son lecteur. J’ai beaucoup aimé que l’auteur décrive malgré tout la misère de ses personnages sans l’édulcorer. Il parle du corps misérable avec toute la trivialité qui s’impose, et cette dimension me plait.

Je dois malgré tout avouer avoir préféré Les Algues d’Amérique qui faisait suite à La tombe des lucioles dans l’édition chez Picquier.
Il s’agit de l’histoire d’un couple japonais, Toshio et Kyôko, qui s’apprêtent à recevoir la visite d’un couple d’américains, les Higgins. Or, Toshio se souvient bien de l’occupant américain à la fin de la guerre, et il n’en garde pas vraiment un bon souvenir. Il se souvient de la faim, et de cette nouvelle culture qui s’immisçait dans la sienne. En somme, l’arrivée de ce couple ne l’enchante pas. Kyôko de son coté trouve qu’il en fait un peu trop avec ses souvenirs de guerre, et se met en quatre pour américaniser sa vie autant que possible. Elle veut que ses invités se sentent bien. Et un jour, les Higgins arrivent…
Le récit aborde la question de la culture d’un pays, mais aussi de la honte qu’on peut en avoir. Le personnage de Kyôko a une telle admiration pour les américains qu’elle va jusqu’à chercher à transformer son quotidien pour leur plaire. Toshio quant à lui se retrouve pris entre ce dégout pour l’Amérique, la fierté de son Japon et l’envie malgré tout de plaire à ces américains, de les impressionner comme s’il avait besoin de leur approbation, ou peut-être comme s’il voulait se venger de l’humiliation subie.
L’histoire est certes bien moins poignante que la précédente, mais j’avoue avoir préféré ma lecture. Le récit était peut-être plus critique, ou sans doute étais-je plus dans l’état d’esprit de lire cette nouvelle plutôt que La Tombe des lucioles. 

Les deux nouvelles de Nosaka sont des formes d' »exorcismes », pour ainsi dire, de sa propre vie.
Je n’avais, avant ces lectures, jamais imaginé ce qu’avait pu être le Japon durant la guerre, que je n’ai toujours connue que contée depuis l’occident, et plus encore depuis le point de vue français avec le héros américain. Un peu de renversement des choses de fait jamais de mal, et en parlant de renversement, je te laisse ce passage qui m’a beaucoup fait penser à mes amis qui apprennent le japonais :

En dernière année de collège, on ne connaissait l’orthographe que d’à peu près deux mots : black et love, et le seul mot qui pour nous faisait vraiment anglais c’était umbrella ; quant à I-My-Me, les pronoms personnels, on n’y comprenait rien ; déjà, quand j’étais en première année en 1943, après avoir passé un trimestre entier sur l’alphabet romain, c’était à la maison que j’avais déchiffré ma première écriture horizontale, en lisant ce qui était marqué sur une boîte de beurre de Hokkaïdô ; et avant qu’on ait fait de vieux os sur Zis iz a pen les cours d’anglais avaient été remplacés par l’entrainement à l’auto défense.